Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /Oct /2007 15:10

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Tout le monde connaît le « Stonien » Platoon avec Charlie Sheen ou bien le génialissime Apocalypse Now au casting envoûtant avec notamment Martin Sheen (le père du précédent). Le point commun entre ces deux monuments du cinéma ? Le Vietnam, bien sûr. Un traumatisme qui marquera en profondeur l'Amérique et les années Johnson et Nixon et remettra en cause le modèle libérale et interventionniste, la puissance américaine jugée par l'opinion publique comme l'agresseur d'un petit peuple comme le montrera DeGaulle lors de son voyage au Cambodge, en dénonçant ouvertement cette "sale guerre". C’est cet éléctro-choc social que j’ai voulu retranscrire dans ma nouvelle, écrite un soir sous l’influence des Doors. Là voici :

Returns No Vietnam.

« La jungle. Cette foutue jungle nous entoure, nous compresse, nous suce jusqu’à la moelle. Elle pénètre nos âmes et nous détruit de l’intérieur. Je ne connais rien de moins sournois que cette jungle. Omniprésente, elle est partout et nulle part, dans nos pensées comme dans le monde réel. Quoi qu’on fasse, elle réussi à nous saisir et nous brise sans le moindre état d’âme. Cette omniprésence me rend fou. Elle nous rend tous fou, d‘ailleurs. Ce ne sont pas les soldats adverses notre principale crainte, ici. Non, c’est cette jungle. C’est elle notre pire ennemie. Elle nous tue à petit feu. Perfide, cruelle, elle est la souffrance incarnée. Les hurlements de mes compagnons dévorés par le paludisme n’en sont que l’exemple le plus criant.

Les moustiques. Ce sont ses plus dignes représentants. Milliers de petites créatures hostiles, des soldats zélés armés jusqu’aux dents qui fondent sur leur proie comme un seul être, organisés en escadrons de la mort sans pitié. Ces bestioles ne font plus qu’un lorsqu’elle attaquent et là, nul espoir de s’en sortir. Les piqûres se suivent pendant de longues minutes et le ballet ne s’arrête jamais malgré nos efforts désespérés pour écarter la nuée qui nous assaille. Mais ce n’est rien comparé à la douleur qui nous prend les nuits suivantes, lorsqu’on commence à ressentir les premiers effets de la malaria qui s’insinue dans chaque parcelle de notre corps et nous ronge comme un acide corrosif. Après vient la fièvre qui nous plonge dans des délires atrocement réels, des rêves sans sens qui en prenne brusquement dans nos cerveaux malades. Plus efficace que du LSD. Plus dévastateur aussi. On ne survie que rarement au paludisme. Car cette maladie nous détruit de fond en comble. Lorsque les fièvres ne nous ont pas emportés vers l’au-delà, c’est la diarrhée qui nous détruit les intestins. Après s’être fait bouffer les entrailles, la fièvre nous reprend de plus belle et cette fois, aucune chance de s’en sortir.

Moi, j’ai eu la chance d’être épargné de ce côté là. Les moustiques ne semblent pas aimer le goût de mon sang et je ne m’en pleins pas. J’ai bien assez de problèmes pour qu’en plus, je chope cette cochonnerie de palu. Quand je suis arrivé ici, j’ai bien cru que j’allais crever. Ce jour là, je fus accueilli par des trombes d’eaux. Les cieux ne cessèrent de verser leurs larmes que trois semaines plus tard, trois longues semaines où l’inaction engendrait la peur et le malaise.

Ce fut lors de la seconde patrouille à laquelle je participais que je les rencontrais pour la première fois. Le sergent qui nous commandait avait ordonné le bivouac pour la nuit. Ils profitèrent de notre sommeil pour surgir de la nuit. Ils étaient six. Des éclaireurs faiblement armés. Sans doute nous avaient-ils collé aux basks toute la journée d’hier. Je ne pense pas qu’ils nous auraient attaqués mais, ça, j’en serrai jamais sûr. Une sentinelle cachée dans un arbre les a repéré et a donné l’alerte et ce fut un bain de sang. Pas un ne survécut. Je me rappelle encore de leurs visages à peine surpris lorsque les mitraillettes les descendirent et qu’ils s’écroulèrent comme des poupées de chiffon. Ils s’étaient préparés à mourir.

Voilà peut être pourquoi ils ont tant l’avantage sur nous. En plus de cela, ils ont pactisé avec la jungle et s’en sont fait un allié de choix. Un allié qui ne les trahit jamais. Ils comprennent cet enfer tropicale parce qu’ils y ont grandi. Pour nous, nulle question de s’habituer à ça. C’est impossible. Nous sommes des étrangers ici. Nous ne comprenons pas cette jungle et nous ne voulons pas la comprendre. Non, surtout pas. Elle nous détruit, cette foutue jungle. Elle nous massacre avec une lenteur malsaine, comme une araignée qui s’amuse avec un insecte pris dans sa toile. Patiemment, elle nous enroule dans un complexe cocon de souffrance puis nous dévore miette après miette. Cette jungle me tue, ouais. Elle nous tue tous. Elle nous aura jusqu’au dernier. Et même quand cette guerre prendra fin - si elle prend fin un jour - la jungle nous poursuivra dans nos cauchemars au pays puis elle nous bouffera. On crèvera tous, ouais. On crèvera tous de ça. Finalement quoi qu’on fasse, la jungle nous rattrape toujours. Même cette pipe à eau que j’ai dans les mains ne me ferra pas oublier la souffrance que cette jungle continue d’alimenter en moi en permanence. Elle a réussi sa mission. Bien mieux que nos adversaires humains. Elle a réussi à nous détruire totalement. Elle a noirci nos âmes à jamais. Elle a dévoré nos cœurs et nos pensées. Bientôt, on ne serra plus que des squelettes ambulants. Des squelettes sans vie. Des morts vivants en quête d’un ailleurs qui nous ferra toujours revenir vers cette foutue jungle. Les lianes, la boue, les insectes qui se faufilent dans nos vêtements, qui nous bouffent tout cru, la chaleur, la peur qui nous tenaille sans cesse. Oui, la peur. Le malaise général qui nous gagne. La paranoïa qui nous conduit à des atrocités. La jungle produit des effets tellement terribles sur nous. Elle ne nous laisse aucun repos. Pas le moindre repos, non. Elle ne nous en laissera jamais et continuera sans cesse à nous hanter jusqu’à notre mort. Et ce n’est guère le napalm qui y changera grand chose. Cette jungle a beau brûler, ne devenir qu’un petit amas de cendres, elle n’en reste pas moins toujours aussi redoutable. La jungle, c’est dans nos têtes qu’elle vit. Elle contrôle nos pensées et nous oblige à penser toujours à ça. A cette putain de guerre. A ces populations massacrées, à ces gosses brûlés par les lances-flammes et le napalm, à ces gamines violées, à ces villageois exécutés pour un rien. Oui, la jungle nous fait revivre en boucle cette sombre partie de notre vie comme un vieux disque rayé qui se répète indéfiniment.

Allez. Oublions un court instant cette horreur. Allez, sombrons dans les bras de Morphée aux allures de LSD. Partons. Quittons tout ça, oui. Fuyons. Fuyons.

Pourtant, elle est toujours là. Elle nous guette. Même nos délires de drogués ressemblent traits pour traits à cette foutue jungle ! »

Par Lex - Publié dans : Nouvelles diverses
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